Le syndrome Ayrton Senna et la chute de la maison ÉNA

Dernière mise à jour : 19 septembre 2019

Verticalité et transcendance, immanence et matérialité, ont été évoquées par le Président de la République lors de sa conférence de presse, ainsi que le mentionne Laurence Crepaldi dans un post où elle nous demande de commenter cette phrase présidentielle : “J’ai toujours assumé la dimension de verticalité, de transcendance, mais en même temps, elle doit s’ancrer dans de l’immanence complète, de la matérialité.”

Souvenons-nous de cette époque épique du duel fratricide dans le championnat du monde de Formule 1 entre Alain Prost et Ayrton Senna. Ce dernier ne supportait pas l’idée de devoir partir chaque dimanche de Grand Prix avec ses Équipements de Protection Individuelle, combinaison, casque, gants, et sa voiture de course, sans le numéro 1 cousu, collé, affiché. Ce numéro 1 était sa propriété naturelle disait-il. J’ai eu l’occasion de voir ces deux immenses pilotes de près depuis le paddock lors plusieurs de Grands Prix, et autant le Français paraissait terrien, connecté à sa voiture, à l’asphalte de la piste, et à son équipe technique, autant le Brésilien avait un air absent, plutôt connecté à ce Dieu qu’il invoquait si souvent et qui devait parfois piloter à sa place.

Avec la disparition de la nomenclature 1969 de l’Éducation Nationale et son remplacement par le Cadre National de la Certification Professionnelle, ce syndrome Ayrton Senna ou syndrome du numéro 1 perdu n’aurait-il pas atteint notre Chef de l’État, énarque lui-même, ne supportant pas l’idée de passer du niveau 1 au niveau 8 ? Au point d’en tirer pour conséquence logique la suppression pure et simple de l’école des premiers de cordée, des numéros 1, des number one de la start-up nation, l’École Nationale d’Administration.

Dans la nomenclature 1969 en effet, l’échelle variait de 1 à 5, 1 étant l’échelon le plus élevé, et 5 le niveau le plus bas. Avec le CNCP 2019, c’est tout l’inverse : le niveau 1 dégringole tout en bas, et le niveau le plus élevé devient le niveau 8.

Comment les premiers de cordée de l’administration, et du pantouflage, peuvent-ils imaginer ne plus être symboliquement les numéros 1 de cette nouvelle nomenclature, même si elle est plus internationale ? Voilà la grave question qui va dorénavant se poser à nos élites avec cette cruelle inversion.

L’annonce de la suppression de l’École Nationale d’Administration pourrait donc bien être une première conséquence indirecte et sans doute inconsciente de la part du Chef de l’État de l’inversion de cette échelle des niveaux, tout autant que la satisfaction d’une revendication des jaunes manifestants qui ne l’ont d’ailleurs jamais réclamée, à ma connaissance. Pourquoi en effet maintenir une si haute école si c’est pour ne plus produire que des numéros 8 ?

Il a été affirmé ce dimanche matin dans l’Esprit Public de France Culture, que la réforme de la formation professionnelle n’avait aucune conséquence sur rien. Ce syndrome Ayrton Senna, syndrome de la perte du numéro 1, aurait au contraire déjà conduit le Président de la République, consciemment ou inconsciemment, à supprimer l’ÉNA.

Dieu est mort a dit Friedrich Nietzsche ; l’école du Dieu présidentiel français également lui répond Emmanuel Macron.

Cet exercice est bien entendu à prendre au second degré. Quoique, qui sait… 🤔

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