
📡Qualiopi n’a pas disparu. Elle est revenue par la grande porte.
Il est des dates qui ne disent rien à première vue, mais qui finissent par structurer toute une époque.
Dans l’histoire récente de la formation professionnelle française, le 6 juin est de celles-là.
Le 6 juin 2019, un premier texte fondateur entrait en vigueur presque dans l’indifférence générale. Le décret n°2019-565 posait les bases du Référentiel national qualité. Sans emphase, sans lyrisme, il introduisait pourtant une rupture majeure : la qualité cessait d’être une intention affichée pour devenir un cadre opposable. On pouvait encore l’ignorer, la contourner, l’interpréter. Mais elle était là.
Six ans plus tard, presque jour pour jour, le 6 juin 2025, un second texte est venu compléter le tableau. Le décret n°2025-500, consacré à la certification professionnelle, n’efface rien du précédent. Il fait mieux : il referme la boucle. La qualité et la certification, longtemps traitées comme deux univers voisins mais distincts, se retrouvent désormais liées par un même fil juridique et opérationnel.
On pourrait y voir une coïncidence de calendrier. Ce serait une erreur.
Entre ces deux dates, un même mouvement est à l’œuvre : la disparition progressive des angles morts, des implicites confortables et des certitudes approximatives.
Si l’on devait forcer légèrement le trait – et l’époque s’y prête – on pourrait parler d’un appel des 6 juin.
Non pas un appel à résister, mais un appel à comprendre.
Comprendre que Qualiopi et la certification professionnelle ne sont plus deux mondes qui se regardent de loin, mais un seul et même système, désormais lisible, cohérent… et contrôlable.
Il est urgent de ne pas attendre
Pendant longtemps, une idée rassurante a circulé dans le secteur : une fois Qualiopi obtenue, le sujet était clos. La certification qualité devenait un préalable administratif, presque un droit d’entrée, avant de passer aux choses sérieuses : le RNCP, le Répertoire spécifique, le graal de la reconnaissance et d’un accès prsque magique aux financements CPF.
Le décret du 6 juin 2025 vient mettre fin à cette fiction confortable.
Le référentiel Qualiopi n’a pas été affaibli. Il n’a pas été marginalisé. Il n’a pas pris une ride et n’a certainement pas disparu.
Il est revenu par la grande porte, non comme un référentiel de plus, mais comme un langage commun, une grammaire de preuves partagées entre certificateurs et OFA, sur laquelle reposent désormais la validation et la durée d’enrgistrement des certifications professionnelles.
Ce basculement n’est pas encore visible dans les décisions de commission. Les nouvelles règles ne s’appliquent en effet qu’aux dossiers déposés à compter du 1er octobre 2025, et chacun connaît les temps très longs de l’instruction avant le passage en commission. Les premières décisions pleinement fondées sur ce nouveau cadre apparaîtront donc seulement au printemps 2026.
Mais il n’est nul besoin d’attendre ces décisions pour comprendre ce qui se joue. Les textes parlent déjà très clairement à qui prend le temps de les lire.
Ce que dit le décret 2025-500 est finalement assez simple. France Compétences n’a pas vocation à contrôler Qualiopi comme le ferait un organisme certificateur. En revanche, elle est désormais fondée à exiger, dans les dossiers RNCP et RS, la démonstration concrète de ce que Qualiopi oblige à maîtriser.
La qualité n’est plus un préalable administratif !
Elle devient une matière première de l’analyse des certifications.
C’est là que le changement est profond.
Le Répertoire spécifique, en particulier, a longtemps été perçu comme un espace plus souple, presque protecteur. Moins exposé, moins exigeant, plus rapide. Cette lecture ne tient plus. Le décret 2025-500 aligne les logiques de preuve : ce qui n’est pas audité n’est pas pour autant inexistant. Ce qui ne faisait pas l’objet d’un contrôle explicite peut désormais être exigé comme élément de démonstration dans un dossier.
La lecture attentive du texte permet ainsi d’identifier, dès aujourd’hui, des points de fragilité très concrets.
🛡️Critère 4 en entier, indicateurs 7, 16, 24, 25, 26 font leur entrée dans le dispositif certifiant, RNCP comme RS
L’adaptation aux publics est un exemple éclairant. Pendant des années, l’absence d’audit de certains indicateurs pour le RS a conduit à les traiter comme secondaires. Le décret 2025-500 rappelle pourtant, sans détour, qu’une certification doit démontrer comment elle s’adresse à ses bénéficiaires, comment elle s’adapte, comment elle prend en compte les situations particulières. Ici, l’implicite n’a plus sa place. Ce qui n’est pas écrit, structuré, démontré, n’existe pas aux yeux de l’instruction.
Il en va de même de l’évaluation. Longtemps décrite à grands traits, parfois comme une formalité, elle devient désormais un point de bascule. Les compétences, les modalités d’évaluation, les critères de réussite et la décision de certification doivent former un ensemble cohérent, lisible, indiscutable. Toute approximation fragilise l’ensemble du dispositif, non par dogmatisme, mais par simple logique administrative.
Même constat pour les moyens techniques pédagogiques et d’encadrement. Déclarer n’est plus suffisant. Il faut prouver. Montrer que les moyens sont réels et pas fictifs avec quelques photos prises n’importe où, qu’ils sont mobilisés et sont bien adaptés aux compétences visées. Les formulations génériques, les organisations floues, les mutualisations mal explicitées apparaissent, à la lecture du décret, comme des zones d’ombre que les commissions ne pourront plus ignorer.
Et puis il y a ce qui traverse désormais tous les dossiers sans jamais se laisser enfermer dans un chapitre unique : la veille, la transition écologique, le numérique, le handicap. Le décret ne demande pas des intentions, encore moins des tableaux décoratifs. Il attend que ces dimensions irriguent réellement les compétences, les évaluations, les choix pédagogiques. Là encore, ce qui reste périphérique devient fragile.
Penser à soi sans penser aux autres ne suffit plus !
Rien de tout cela ne relève d’un durcissement arbitraire. Il s’agit d’un alignement. Alignement entre ce que l’on affirme faire, ce que l’on sait démontrer, et ce que l’on demande à reconnaître comme certification professionnelle. Les effets concrets de cet alignement seront donc prochainement visibles et interprétables, lorsque les premières décisions fondées sur ce nouveau cadre tomberont. Mais les lignes de force sont déjà là, lisibles, indiscutables.
Le décret 2025-500 impose ainsi un changement de posture.
Il ne s’agit plus de déposer un dossier.
Il s’agit de sécuriser un dispositif.
C’est dans cet esprit qu’a été conçue l’Eliteclassroom consacrée au lien entre Qualiopi et le décret 2025-500, prévue le 23 janvier 2026, sous réserve d’ajustement. Non pour alourdir les démarches, mais pour rendre lisible ce que les textes rendent désormais incontournable, et éviter que des fragilités prévisibles ne se transforment demain en refus difficiles à rattraper.
Les premières décisions viendront. Les retours d’expérience suivront.
Mais ceux qui auront entendu l’appel des 6 juin n’auront pas besoin de feindre la surprise.
Ils n’auront pas résisté.
Ils auront simplement anticipé.
Anticipé en pensant également à leurs réseaux de partenaires !
Car il faudra bien démontrer, prouver à la commission de la certification, que le dispositif de contrôle de la qualité de ce réseau est bien maîtrisé, depuis la réalité de ses moyens techiques, pédagogiques et d’encadrement, jusqu’à la communication, qui ne devra jamais diffuser au public des informations « trompeuses ».


