Numérique, formation, handicap.

Dernière mise à jour : 19 septembre 2019

Ce jeudi 4 juillet, comme chaque année, avait lieu le Forum sur la Gouvernance de l’Internet, structuré par un comité d’organisation de personnalités très impliquées dans la vie numérique. Je suis pour ma part Vice-Président du chapitre français de l’association Internet Society, en charge de la formation. Le FGI monde a été créé au Sommet mondial sur la société de l’information, SMSI de Tunis en novembre 2005. Il s’est réuni en 2018 à Paris, et se retrouvera à Berlin en novembre 2019. Chaque pays organise également son propre Forum.

Au cours de ce FGI France du 4 juillet 2019, j’ai eu l’honneur d’animer avec Clément Le Ludec, du Conseil National du Numérique, un atelier sur le thème “Numérique, formation, handicap” et je souhaite partager avec vous quelques réflexions émises lors de cette très intéressante rencontre.

Tout d’abord, il nous faut comprendre, comme nous l’a expliqué Mathieu Froidure, que le mot handicap est un terme de jeu, “la main dans le chapeau”. Il désigne le fait d’avoir mal tiré au sort quelque chose. Ce terme a évolué vers des connotations négatives, liées à des incapacités diverses chez les individus, que l’on s’est longtemps contenté de classer dans des métiers prétendument typiques, comme accordeur de piano pour une personne aveugle ou mal voyante, alors que bien d’autres métiers ou fonctions leurs sont en réalité accessibles. Voir article Origine et histoire du handicap du Moyen-Âge à nos jours. .

Ensuite, nous devons savoir que nous avons des obligations en matière d’accessibilité. Accessibilité des bâtiments bien sûr, mais aussi accessibilité des sites web et des contenus numériques, ainsi que nous l’a expliqué Audrey Maniez. Après une directive européenne, un décret de 2009 et le rapport du Fafiec d’avril 2019, Produire des contenus et services respectant les normes d’accessibilité numérique un nouveau décret devrait paraître prochainement.

De cette obligation d’accessibilité des contenus, avec Camille Meier et Maxime Delayer, nous avons posé la question de l’accessibilité des métiers du numérique aux personnes en situation de handicap. Il faut nécessairement nouer des partenariats entre prestataires de formation professionnelle, Entreprises Adaptées, entreprises. Parfois il faut parfois savoir doubler des durées de formation, de 400 à 800 heures, par exemple pour les personnes Asperger. Il faut travailler sur un projet professionnel, le passage par l’Entreprise Adaptée devant éviter l’écueil de l’assistanat pour préparer autant que possible à l’emploi courant. Le CDI est essentiel pour obtenir un logement et assurer l’insertion de la personne.

Il faut créer une insertion sociale par la voie professionnelle nous a encore expliqué Mathieu Delemme. Le compagnonnage, comme l’intérim tutoré (AFEST?) permettent la qualité de l’accompagnement, le temps d’insertion et l’appréhension du métier. Le CDD Tremplin constitue également un support utile d’intégration sociale, culturelle, et professionnelle. Seulement 4% des personnes en Entreprises Adaptées passent ensuite dans des entreprises ordinaires.

Par rapport aux emplois dans le secteur du numérique, la pluralité des métiers permet de nombreuses possibilités d’adaptation des personnes à des postes de travail, en adéquation avec leur handicap, et des opportunités d’emploi variées. Dans la vie quotidienne, l’usage du numérique permet à des personnes handicapées de bien gérer leurs difficultés, et de faire profiter les autres des apports de leurs besoins exprimés : savez-vous que des objets comme la télécommande de votre téléviseur ou la commande vocale sont nés de besoins de personnes en situation de handicap ? Notons encore que 80% des personnes handicapées sont infra baccalauréat, mais que cela ne devrait pourtant pas constituer un blocage pour leur accessibilité à des fonctions et métiers adaptés. Il nous a été donné l’exemple d’un site développé par une personne Asperger, sans aucun bug informatique, alors que le client avait l’habitude de ne recevoir que des produits mal finis fournis par des personnes sans handicap. Le temps de développement était plus long, mais le produit livré sans défaut. Un autre exemple a été celui d’une personne qui est passée du bas de l’échelon de développeur au statut très envié de manager data scientist chez un très gros opérateur web et télécoms français.

De cet atelier, sont ressorties deux propositions :

  • Proposition 1 : Trouver des solutions de coordination dans les territoires, entre prestataires d’actions de compétences (organismes de formation, prestataires de bilans de compétences, prestataires d’accompagnement VAE, prestataires d’apprentissage), Entreprises Adaptées, structures médico-sociales, entreprises, pour améliorer l’accessibilité des formations aux métiers du numérique à des personnes en situation de handicap de toute nature, moteur, sensoriel, cognitif…
  • Proposition 2 : Rendre accessibles, c’est-à-dire utilisables, tous les accès numériques, digitaux. Utiliser les particularités des personnes en situation de handicap pour innover. “Faire une société inclusive. Transformer les pépins en pépites”.

Bien entendu, j’ai évoqué dans le cours de la discussion, les indicateurs 1, 20 et 26 du Référentiel National de la Certification Professionnelle :

  • 1) Le prestataire diffuse une information accessible au public, détaillée et vérifiable sur les prestations proposées : prérequis, objectifs, durée, modalités et délais d’accès, tarifs, contacts, méthodes mobilisées et modalités d’évaluation, accessibilité aux personnes handicapées. (Indicateur commun aux quatre catégories de prestataires de l’article L6313-1 du Code du Travail)
  • 20) Le prestataire dispose d’un personnel dédié à l’appui à la mobilité nationale et internationale, d’un référent handicap et d’un conseil de perfectionnement. (Indicateur spécifique à l’apprentissage, catégorie 4 du L6313-1)
  • 26) Le prestataire mobilise les expertises, outils et réseaux nécessaires pour l’aider à accueilliraccompagner/former ou orienter les publics en situation de handicap. (Indicateur commun)

L’indicateur 1, constitue l’un des aspects du critère 1 du décret 2019-564“Les conditions d’information du public sur les prestations proposées, les délais pour y accéder et les résultats obtenus”. Il semble concerner l’accessibilité des locaux aux personnes en fauteuil. C’est notre premier réflexe, et ce sera la demande probable de tout certificateur. Mais, qu’en sera-t-il de l’accessibilité des formations à distance ? Les prestataires de formation pratiquant cette modalité pédagogique ou le multimodal, devront aussi s’interroger sur cette question car elle pourrait leur être posée lors de l’audit.

L’indicateur 20, spécifique à l’apprentissage, correspond au critère 4 du décret 2019-564 “L’adéquation des moyens pédagogiques, techniques et d’encadrement aux prestations mises en œuvre “. Il mentionne un référent handicap. “Le référent handicap est une personne ressource de l’établissement facilitant la mise en œuvre de la politique handicap souhaitée par la Direction et les Instances représentatives du personnel. Il est l’interface reconnue entre les acteurs de l’établissement et l’Obligation d’Emploi des Travailleurs Handicapés.” Voir article OETH “Former un référent handicap“.

L’indicateur 26 quant à lui, est relatif au critère 6 “L’inscription et l’investissement du prestataire dans son environnement professionnel “. Il est très exigeant en réalité, et il devrait interpeller tous les prestataires d’actions concourant au développement des compétences sur toutes les situations de handicaps possibles, pas seulement moteurs, mais aussi cognitifs, sensoriels, comportementaux. Mon attention a été attirée par une réflexion de Mathieu Froidure sur l’impossibilité pour une personne mal voyante de participer à une session de formation où il faut passer sa journée à regarder une présentation PPT sur écran…

Cette table ronde du FGI 2019 a été un moment d’échanges intenses et très instructifs. Merci à tous les participants, AudreyCamilleMathieu D.Mathieu F.Maxime, et bien entendu, mon complice d’animation, Clément. Et merci à Sara Croüs pour sa discrète mais efficace intervention ici même dans LinkedIn, en réponse à mon post, pour me rappeler les trois indicateurs 1, 20 et 26, que je n’ai pas eu à rechercher.

MB

Rappel : si vous souhaitez approfondir les 7 critères et les 32 indicateurs du RNCQ, nous vous donnons rendez-vous le mardi 11 juillet pour un séminaire consacré à ce sujet de la certification nationale unique. INSCRIPTION

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